Auteur/autrice : Pauline

  • Le réveil de Fortunae (ou l’art de revenir sans l’avoir vraiment prévu)

    Le réveil de Fortunae (ou l’art de revenir sans l’avoir vraiment prévu)

    Il paraît que parfois, pour retrouver son chemin, il faut commencer par s’en éloigner un peu.

    En octobre 2025, j’ai complètement lâché Fortunae. Pas de grande crise existentielle, pas de rupture dramatique avec mon art. Je reprenais simplement une saison en montagne, et entre le boulot, la vie et tout le reste, je n’avais plus vraiment le temps ni l’énergie à consacrer à mes créations.

    Alors j’ai mis Fortunae de côté. Et finalement, je crois que c’était exactement ce dont j’avais besoin.

    Un an plus tard, les choses ont bien changé

    La vie a cette drôle de manie de nous emmener quelque part sans vraiment nous demander notre avis.

    Quelques opportunités professionnelles m’ont amenée à développer mon activité de communication en freelance. Me voilà donc à travailler depuis la maison, à passer beaucoup plus de temps entre mes quatre murs. Et forcément, à force de les regarder, ces murs, j’ai eu envie de les embellir. Une décoration par-ci, quelques coups de pinceau par-là, et puis une fresque. Des couleurs, des motifs, des expérimentations. Juste pour le plaisir de faire quelque chose de mes dix doigts.

    Cet été, j’ai aussi retrouvé le chemin du marché de Bourg-Saint-Maurice avec mes créations. Et puis quelqu’un a vu une fresque que j’avais peinte chez moi et m’en a commandé une autre. Comme ça. Sans grande stratégie, sans plan sur cinq ans.

    Petit à petit, l’art s’est remis à prendre de la place dans mon quotidien, aux côtés de mon activité de communication. Et franchement ? Ça me va plutôt bien.

    Et le tatouage dans tout ça ?

    Ah, le tatouage. Je pensais l’avoir un peu rangé dans un coin de ma vie, lui aussi.

    Et puis j’ai eu une opportunité assez folle : accompagner des artistes tatoueur·euses dans le développement de leur communication. À force de discuter avec elles et eux, de parler de leurs projets, de leurs pratiques et de leur quotidien, une petite voix a commencé à se faire entendre.

    Et si tu ressortais tes aiguilles, toi aussi ?

    Alors je l’ai fait. Et il a suffi de retrouver les gestes, les sensations, cette concentration si particulière pour me souvenir instantanément d’à quel point j’aimais tatouer.

    Bon. Visiblement, cette histoire n’était pas terminée non plus. So here I am!

    Plus de couleurs, plus de matières, plus de liberté

    Pendant longtemps, Fortunae a évolué autour d’une palette assez restreinte : du noir, du rouge, et pas beaucoup plus. J’aimais cette identité, mais j’ai fini par m’y sentir un peu à l’étroit. Alors j’ai ouvert les fenêtres. Et visiblement, toutes les couleurs sont entrées en même temps.

    J’ai commencé à explorer d’autres associations, d’autres motifs, d’autres supports. La peinture sur céramique, les murs, les objets décoratifs… Autant de nouvelles surfaces sur lesquelles laisser courir mes idées. Et j’ai découvert quelque chose d’assez simple : j’adore ça.

    J’aime les couleurs qui prennent de la place, les motifs qui se répondent, les objets un peu exubérants et les intérieurs qui racontent des histoires. Mon univers folk est toujours là, mais il grandit, se mélange, se transforme.

    En ce moment, je m’intéresse notamment aux motifs et aux décors alpins d’autrefois. J’essaie de comprendre leur histoire, leurs formes, leurs particularités, pour voir comment les faire dialoguer avec mon propre langage graphique. C’est un sacré terrain de jeu, et je vous en reparlerai certainement.

    Quelques influences Art déco commencent également à se glisser dans mes dessins. Je joue davantage avec les espaces vides, les aplats de couleurs, les contrastes et les respirations. Bref, je continue d’expérimenter. Et je n’ai pas particulièrement envie de m’arrêter.

    Et Fortunae reste Fortunae

    Malgré toutes ces évolutions, certaines choses ne changent pas. Il y a toujours le folk, bien sûr. Mon amour un peu déraisonnable pour les couleurs, les fleurs, les animaux et les motifs.

    Il y a toujours le tarot, aussi. D’ailleurs, je continue tranquillement à travailler sur mon jeu de 22 arcanes majeurs. J’en ai dessiné un peu plus de la moitié, et plus j’avance, plus je réalise que ce projet ressemble davantage à une collection d’illustrations qu’à un jeu destiné à être commercialisé et tiré. Et ça me plaît comme ça.

    Mes engagements et mes luttes continuent également d’habiter mon travail. Parfois de manière évidente, parfois plus discrètement, dans les sujets que je choisis, les symboles que je dessine ou les histoires que j’ai envie de raconter. Je n’ai pas changé de cap. J’ai simplement agrandi le terrain de jeu.

    Créer sans avoir à tout prix quelque chose à prouver

    Il y a aussi une chose importante qui a changé dans ma manière d’aborder Fortunae : la pression.

    Pendant longtemps, j’ai voulu que mon activité artistique fonctionne, qu’elle se développe, qu’elle devienne viable. Et même si vivre de mon art reste un rêve, je n’ai plus besoin aujourd’hui de lui demander de payer toutes mes factures.

    Mon activité de communication est là, à côté. Et paradoxalement, cette sécurité me donne une liberté créative que je n’avais pas forcément auparavant.

    Je peux prendre le temps d’explorer une idée sans me demander immédiatement si elle se vendra. Je peux peindre un mur simplement parce que j’en ai envie. Je peux dessiner un tarot sans prévoir sa commercialisation. Je peux essayer, me tromper, recommencer. Je peux créer pour le plaisir de créer.

    Et je crois que ça change beaucoup de choses.

    Alors, c’est quoi la suite ?

    Excellente question.

    Des illustrations, certainement. Des fresques, je l’espère. Des tatouages, avec grand plaisir. Des objets peints, des motifs, des expérimentations et probablement quelques idées sorties de nulle part. Je ne sais pas exactement quelle forme prendra Fortunae dans six mois, dans un an ou dans cinq ans. Et pour une fois, je n’ai pas particulièrement envie de le savoir.

    Ce nouveau chapitre s’est ouvert doucement, presque tout seul. Sans que je le décide vraiment. Il fallait peut-être simplement que je m’accorde une pause pour retrouver le plaisir de faire.

    Alors voilà, Fortunae est de retour.

    Contre mauvaise fortune, bon cœur.

    Et pour la suite, reste dans le coin. On ne sait jamais comment ça peut évoluer…